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Bandcamp du groupe


A peine sorti de mon tube - tiré de l'hypersommeil dont j'ai du mal à me remettre - que le vaisseau intercepte une communication entre des hommes ; de façon étrange, je comprends leur langue alors qu'elle semble si différente de la mienne. Il y est beaucoup question de "musique"... De quoi peut-il s'agir ? Peut-être de l'un de ses antiques moyens d'expression dont il reste quelques traces, mais dont tout le monde a dorénavant oublié le sens profond.

Je tiens tout d’abord à vous féliciter pour ce nouvel album. Je trouve qu’il y a eu une sacrée progression depuis votre premier il y a 3 ans ; que s’est-il passé entre-temps, et comment ressentez-vous cette transition de l’un à l’autre ?

Merci à toi. Notre premier album était le fruit des tout premiers morceaux que nous avons composés en tant qu’Ætheria Conscientia. Nous avons fondé le groupe avec l’envie de créer de la musique qui nous ressemble et qui mêle toutes nos influences, sans se limiter aux codes prédéfinis par tel ou tel genre que nous apprécions, le tout enveloppé dans un univers de science-fiction qui nous passionne tous depuis toujours.

Tales from Hydhradh a donc posé les bases de notre musique et de l’histoire d’Ætheria Conscientia. Pour Corrupted Pillars of Vanity, nous voulions pousser tous les aspects du premier album plus loin, et nous avons donc travaillé d’arrache-pied pendant 3 ans afin d’arriver à ce résultat. Nous avons énormément jammé autour des morceaux, travaillé les arrangements, les concepts et la production afin d’arriver à un résultat qui correspondait à nos attentes. Nous avons tous beaucoup changé sur le plan personnel durant cette période, nos influences musicales se sont diversifiées et notre vision sur notre travail s’est affinée, ce qui a forcément influencé l’écriture de ce deuxième album.

Nous avions une version de l’album prête à être enregistrée début 2020, mais suite à des soucis de santé de Paul, notre batteur, nous avons dû retravailler l’album afin de composer avec ces nouvelles contraintes. Cela nous a amené à la réécriture et à la programmation de la batterie, ainsi qu’à l’ajout de beaucoup de percussions sur l’album, ce qui avec un peu de recul nous satisfait bien plus que la première version que nous avions.

Vous faisiez partie d’autres groupes avant, qui ne sont plus d’actualité il me semble ; qu’avez-vous trouvé dans ce projet que vous n’aviez pas avant ?

Nos anciens groupes nous ont permis de faire nos premières armes dans la musique. Ils nous ont appris à composer, à organiser la vie d’un groupe, à jouer sur scène devant un public. A vrai dire, ils nous ont surtout appris toutes les erreurs à ne pas faire !

Nous les avons dissous afin de fonder Ætheria Conscientia, avec plus de sérieux, d’ambition et de cohésion que nous n’avions pas forcément avant.

Le concept-album est quelque chose de très courant dans la musique contemporaine. Quels sont ceux qui vous ont marqués ?

Beaucoup de concept-albums nous ont marqués ! Nous pouvons déjà citer tous ceux de Mastodon, Voivod, Magma, Giant Squid ou Mare Cognitum (dont l’album Phobos Monolith est sûrement l'œuvre ayant le plus influencé la création du groupe). C’est une façon de créer qui nous est instinctive, qui nous permet de raconter une histoire sur toute la durée d’un album sans nous imposer de limites. C’est donc tout naturellement que nous utilisons ce concept depuis le premier album d’Ætheria Conscientia.

Vous avez pour cela créé un univers "de zéro". Comment cela s’est-il passé ? Y avez-vous tous contribué, en y apportant chacun des éléments et en ayant des discussions autour de ça ?

Nous sommes tous des passionnés de science-fiction et de fantastique depuis l’enfance. Nous avons ingurgité quantité d'œuvres littéraires, cinématographiques, vidéoludiques ou picturales. Chacun d’entre nous a ses petits préférés (Alexis est fan d’Alien et de The Thing, Paul de BioShock et de Fahrenheit 451, P.A. de Blade Runner et The Fly, Tristan de Lovecraft et Asimov). Créer un univers de science-fiction a toujours été une sorte de rêve pour nous, et l'un des buts premiers de la création du groupe.

En général, Tristan et Paul apportent les concepts de base autour de l’univers, nous en discutons ensuite tous les quatre afin d’y apporter les idées et les envies de tous. Une fois le schéma narratif défini, Tristan et Paul écrivent les paroles des chansons à partir de celui-ci.


Pouvez-vous présenter cet univers ?

Il a pour élément central la cité-planète Hydhradh. Elle est le nouvel Eden artificiel de l’humanité. Elle a été créée à partir d’un vaisseau, une sorte d’Arche de Noé censée abriter les Terriens, après des centaines d’années d'errance dans le vide spatial suite à l’abandon de la Terre devenue inhospitalière. Ce nouveau monde est évidemment extrêmement chaotique, dû aux nombreuses factions et cultes qui y ont pris place, à l'absence d’ordre mondial défini, ainsi qu’à la perte de la quasi-totalité des connaissances et des savoir-faire acquis par l’humanité sur Terre.

Il faut voir ce monde comme un nouveau départ forcé pour l’humanité, qui comme toujours laisse place à son égoïsme, à ses bas instincts et à sa soif de profit. Chaque chanson raconte donc une partie de l’histoire d’Hydhradh, qu’il s’agisse de sa création, des rituels qui y ont lieu, comme une fenêtre ouverte sur cet univers vaste et toujours en développement.


MĂŞme le nom du groupe est en rapport avec ; pouvez-vous en dire plus Ă  ce sujet ?

Ætheria Conscientia signifie "conscience éthérée". Il s’agit de la divinité de la planète Hydhradh, le monde artificiel autour duquel les histoires des deux premiers albums se déroulent. Ce nom nous semblait adapté, car même s’il peut être difficile à retenir, il est très significatif de l’univers, et il permet d’évoquer énormément de thématiques en évitant d’être trop terre-à-terre ou impersonnel.

Le premier album était la cosmogonie, la base pour présenter le monde d’Hydhradh ; que vouliez-vous aborder dans ce second album, et quelles envies musicales vouliez-vous y exprimer ?

Exactement, le premier album a créé les bases de notre univers, que ce soit pour nous ou pour les auditeurs. Une fois les fondations posées, nous avons pu consolider cet univers et y créer une histoire afin d’ouvrir une fenêtre sur le monde. Il semblait important pour nous de créer différents rapports d’échelles, en termes de chronologie, de rapports de force et de relations. Cette approche narrative nous permet d’accorder différents éléments musicaux, comme des influences doom metal ou des parties plus expérimentales avec les textes qui sont scandés dessus.

Il était important pour nous de pousser au maximum les idées musicales et conceptuelles développées sur Tales from Hydhradh, sans en faire une redite. Nous avions une meilleure idée de là où nous voulions emmener notre musique, en variant les ambiances et en travaillant bien plus les arrangements et la production.

La musique est-elle venue après le récit, un peu comme le score d’un film ? Aviez-vous des séquences déjà prêtes avant cela ?

La musique du groupe a toujours été liée à l’univers que nous développons. Ces deux éléments s'influencent donc naturellement. Nous avions quelques idées musicales déjà en place lorsque nous avons commencé à travailler sur l’histoire de l’album. La première chanson que nous avons écrite pour Corrupted Pillars of Vanity est "Asporhos’ altering Odyssey", la chanson d’ouverture. Elle nous a permis de faire le lien avec l’album précédent, tout en introduisant de nouveaux éléments dans le récit, et donc de mettre en place les événements développés dans la suite de l’album.

Le récit a dû vous aider à "chapitrer" et à structurer l’album ?

En effet, les éléments narratifs nous permettent de structurer de façon cohérente l’album, mais également les chansons en elles-mêmes. Les morceaux les plus longs sont naturellement ceux narrant des quêtes ou des éléments "historiques", alors que les chansons les plus courtes permettent de se focaliser sur un élément précis : dans le cas de "Liturgy for the Ekzunreh", il s’agit d’un rituel important dans la société d’Hydhradh.



L’artwork d’Amaury Pottier colle vraiment bien, et il aide à se projeter tout de suite dans votre monde. Je dirais même qu’il attire le regard et donne envie d’en savoir plus. A quel moment est-intervenu, et comment avez-vous collaboré avec lui ?

Amaury est un proche d’Alexis et de Paul depuis de nombreuses années. C’est donc naturellement que son nom a été proposé pour illustrer notre premier album, Tales from Hydhradh. Lui aussi est passionné de science-fiction et de fantastique. Il a su parfaitement coller à l’esprit de notre musique et de notre univers. Ses œuvres apportent réellement un plus aux albums, en ancrant les ambiances spatiales et chaotiques de l’univers.

Lorsque nous travaillions sur Corrupted Pillars of Vanity, nous n’avons même pas pensé à un autre illustrateur, car nous savions qu’il pourrait créer un artwork parfait pour l’album. Nous avons commencé à échanger avec lui lorsque le travail de démos touchait à sa fin, afin qu’il puisse s'imprégner de la musique, mais aussi des textes de l’album. Une fois le cahier des charges établi, nous lui avons laissé carte blanche pour créer son illustration, jusqu’à en avoir une première version en noir et blanc, à laquelle très peu de modifications ont été apportées avant la mise en couleur.

Et en plus de la pochette de l’album, Amaury a également créé une illustration par chanson afin d’aider l’auditeur - sans trop le guider - à s’imaginer l’univers d’Hydhradh.

N’avez-vous pas pensé en faire une œuvre transmédia, avec une BD, des nouvelles ou d’autres choses ?

L’idée de transposer l’univers d’Ætheria sur différents supports nous est venue il y a déjà longtemps, mais naturellement il est difficile de trouver le temps et les moyens financiers pour mettre tout cela en place de façon sérieuse. Nous essayons de toujours travailler avec des proches de confiance, avec qui nous pouvons partager notre univers et qui savent comment le représenter et y apporter leur patte ; c'est toujours dans un souci de cohérence, car nous ne souhaitons pas simplement "passer une commande" à quelqu’un d'extérieur avec qui il sera plus difficile d’échanger. Des éléments transmédias ont donc déjà été discutés, nous rêvons d’adapter l’univers d’Ætheria Conscientia en bande dessinée ou en dessin animé, mais cela reste encore aujourd’hui au stade embryonnaire.

La participation de membres de White Ward vient sans doute du fait que vous avez fait des dates avec eux ? (il y a d’ailleurs aussi Dima en guest sur le dernier Demande à la Poussière). J’imagine donc que le courant est bien passé, malgré que vous ayez des univers différents. Que pensez-vous de ce qu’ils font ? (et inversement)

Nous avons rencontré White Ward fin 2019, lorsque nous les avons suivis pour deux concerts à Paris, puis juste de l’autre côté de la frontière belge. Naturellement, une collaboration nous est venue à l’esprit, le courant étant très bien passé, et leur musique comporte des éléments à la fois assez similaires pour rester cohérent et ne pas sembler être un ajout forcé, mais également assez différents pour donner de l'intérêt à cette collaboration.

Nous aimons beaucoup leur musique : elle est beaucoup plus urbaine, comporte une approche du côté jazz très différente de la nôtre, avec des éléments semblant bien plus inspirés de Bohren & der Club of Gore, alors que chez nous le côté progressif est bien plus à trouver du côté de groupes comme King Crimson ou Enslaved.

Est-ce que vous avez des références en post-black metal ? Et dans d’autres styles musicaux ? (comme le prog). J’ai pensé à Oranssi Pazuzu, notamment pour le côté immersif et conceptuel/cinématographique.

Nos premières influences lors de la création du groupe étaient, comme déjà évoqué, des groupes tels que Mare Cognitum, Blut aus Nord, Voivod, Wolves in the Throne Room, et évidemment Oranssi Pazuzu. Depuis nous avons tous diversifié nos goûts musicaux, et nos influences peuvent aller piocher aussi bien dans le death metal, le jazz, le space rock, l'ambient, le funk, le crust ou même le post-punk.

Cette thématique du côté cinématographique rejoint le sujet des concept-albums, dans le sens où ces groupes transmettent toujours une ambiance ou un univers qui dépasse la simple somme des morceaux.



J’ai lu que vous souhaitez à présent explorer d’autres styles musicaux. Est-ce que vous resterez néanmoins dans une certaine continuité, ou ce sera pour passer à tout autre chose ?

En effet, nous allons pour la troisième sortie du groupe garder une approche black metal, mais apporter d’avantage d’autres styles à notre musique, dans le but de nous renouveler et d’illustrer au mieux la suite du récit d’Ætheria Conscientia. Cela passera par une approche moins frontale, plus aérienne et psychédélique, grâce à d’autres mélodies, d’autres manières de composer, d’autres instruments, etc. Pour la suite plus lointaine, nous essaierons peut-être des choses plus éloignées du black metal, car nous ne nous posons pas de limites.

Ce changement à venir est-il aussi dû au départ de Simon qui était au saxophone ?

Il s’avère en réalité qu’après avoir composé le second album, nous étions d’accord pour partir sur quelque chose d’un peu différent pour la suite, afin d’explorer d’autres sonorités. Il y a eu un travail important sur cet album en termes d'arrangements et d’harmonie entre les guitares, la basse et le saxophone, ce qui nous a permis de faire le tour de la question concernant ce dernier. Nous ne souhaitons pas faire un Corrupted Pillars of Vanity 2.

L’éviction de Simon est quant à elle arrivée plus tard, et elle n’avait aucun rapport avec ce nouveau choix musical. Nous travaillons désormais à quatre, et nous savons déjà avec qui nous allons collaborer pour le prochain album. Attendez-vous à de nouveaux instruments peu conventionnels dans notre style musical, dans la lignée du saxophone et des congas, afin de continuer à nous développer sans nous répéter.

Pour finir, comme vous êtes de gros fans de SF (et pas que de ça j’imagine), avez-vous des références évidentes ? Y a-t-il une œuvre - ou plusieurs - vous ayant marqué dernièrement ? (quel que soit le support)

En termes de SF, nous avons principalement été influencés par des œuvres telles que les jeux vidéos BioShock, l’horreur cosmique de Lovecraft ou John Carpenter, les dérives totalitaires de Fahrenheit 451 ou 1984.

Récemment, Paul a été scotché par l’univers du jeu vidéo Subnautica : le monde subaquatique dans lequel se déroule le jeu est ahurissant de richesse et d’immersion. Le fait de jouer un humain perdu sur cette planète hostile sur laquelle se trouvent de nombreux temples créés par une civilisation antique, ainsi que le message de fond écologique, lui ont beaucoup parlé.

P.A., pour rester dans le jeu vidéo, a été marqué par la narration, l’exploration et le monde d’Outer Wilds, où l’on recherche les origines d’une civilisation disparue dans un système solaire en perpétuel cycle d’extinction.

Tristan a été aspiré dans l'univers créé par Becky Chambers, au travers de ses romans uniques en leur genre. Sa plume bienveillante et positive laisse entrevoir de nouvelles possibilités dans une science-fiction que l'on connaît habituellement sombre et pessimiste.

Alexis quant à lui apprécie beaucoup la série The Expanse, dont l’histoire se déroulant au XXIIIème siècle narre un complot international et un danger imminent dans un système solaire colonisé. Mars est devenue une république puissante et militaire, la Terre appauvrie est dirigée par l’ONU, et la Ceinture d’Astéroïdes est quant à elle pillée par ces deux dernières mais tente de se rebeller. Dans ses autres références, il peut citer les œuvres du réalisateur Andrew Niccol telles que Bienvenue à Gattaca ou plus récemment Anon.

Merci, j’ai hâte d’entendre la suite, et pourquoi pas de vous voir sur scène ?

Merci à toi pour cette interview, et pour l'intérêt porté à notre travail !


             





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