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Demande à la Poussière - Quiétude hostile

2021 - My Kingdom Music


Bandcamp du groupe



Dès les premiers mots/maux criés comme introduction à l'album, dès le tout début de "Léger Goût de Soufre", on comprend tout de suite où son écoute va nous emmener. Nous ne sommes pas là pour une ballade de santé, avec en lieu et place de cela de gros riffs et moults martèlements afin de délivrer une musique lourde et sombre. Et quelques passages un peu plus aériens ou de brèves accalmies ne suffiront pas à diluer une ambiance oppressante.

Et là, vous me direz : est-ce la meilleure période pour écouter ce genre de musique ? Ne vaudrait-il pas mieux se divertir au lieu de s'enfoncer dans tant de noirceur ? Et bien, ce "post apocalyptic doom metal" comme le groupe la qualifie lui-même semble justement bel et bien approprié : une révélation à l'aube d'un monde nouveau, une catharsis face à ce que nous offre notre société "moderne" et le monde en général, ce qu'exprime l'oxymore du titre de l'album (devoir faire avec au quotidien, que nous le voulions ou pas).

Demande à la Poussière continue ainsi ses pérégrinations existentialistes un poil torturées, cette fois sans Jeff Grimal (The Great Old Ones) à qui l'on devait la peinture en guise de pochette du précédent et premier album. Du coup, les quelques couleurs ocres foncées ont laissé place au gris et à rien d'autre pour à nouveau une très belle représentation picturale, sous la forme cette fois d'une photo - non retouchée - d'Aurélie Raidron.

Car si la formation n’avait pas au départ pour ambition de faire de la scène, c'est l'expérience live qui a au final changé la donne. Pareil en ce qui concerne la composition : si le premier album sorti fin 2018 s'est fait très vite (en une semaine !), ici la période de gestation a été rallongée à un an. Produit à nouveau par le guitariste du groupe Edgard Chevallier, chez lui au Lower Tone Place Studio, le résultat est au top avec une musique d'obédience doom, sludge, voire black.


Mais il ne faudrait pas en oublier pour autant l'importance des mots choisis, car même s'il n'est pas évident de bien les comprendre vu l'agressivité des propos tenus par Krys Denhez au chant, cela se fait fortement ressentir de par le choix du français et des textes imprimés dans le livret, lesquels ont même fait l'objet d'échanges entre les membres du groupe. Avec un roman de John Fante (sombre et pessimiste, où toute chance de sortie semble illusoire) comme nom et inspiration, en même temps...

Traduisant un mal-être existentiel, comment du coup ne pas penser à la citation très populaire de Nietzsche tirée de Par-delà le Bien et le Mal : "Quand on lutte contre des monstres, il faut prendre garde de ne pas devenir monstre soi-même. Si tu regardes longtemps dans l'abîme, l'abîme regarde aussi en toi." Car scruter l’abîme des motifs humains, c’est s’exposer soi-même, mettre en doute ses propres jugements de valeurs.

"Perdu" à mi-album (ce que nous ne sommes pas, à la rigueur déstabilisé) nous laisse bien ainsi un peu de répit en commençant plus calmement, mais c'est pour repartir ensuite dans de nouvelles nappes de guitares et reprendre crescendo, comme le fait aussi "L'Oubli du Contrasté" démarrant par de la guitare acoustique.

Ce voyage sonore à travers la douleur de l'âme se termine sur "Expiravit", après quelques minutes duquel on découvre un air de saxophone (par un musicien de White Ward, groupe ukrainien qui mélange de son côté le black metal au jazz), ce qui lui donne alors des allures de film noir fantastique à la Lost Highway (autre cauchemar schizophrène), jusqu'à ce que pour conclure résonne la phrase "Faut-il être terne et désastreux ?" Posons-nous la question.

Christophe Muller (05/2021)


Tracklist :
1. Léger Goût de Soufre (05:14)
2. Morphème (06:11)
3. Eréthisme (05:43)
4. Quietude hostile (05:12)
5. Perdu (07:21)
6. Bois de Justice (06:13)
7. L'Oubli du Contrasté (06:22)
8. Expiravit (09:17)

Line-up :
Krys Denhez : chant, guitare
Edgard Chevallier : guitare
Neil Leveugle : basse
Vincent Baglin : batterie

Guests :
Jiu Gebenholtz (Supa Chill) : contrebasse sur "Perdu"
Dima Dudko (White Ward) : saxophone sur "Expiravit"







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