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lire l'interview de Yann Ligner (chant)


Malgré un emploi du temps bien chargé entre promo et concerts pour défendre leur dernier album Unplugged, Guillaume Bernard et Aldrick Guadagnino ont accepté de lâcher leurs guitares le temps de répondre eux aussi à mes questions.

Klone existe maintenant depuis déjà une vingtaine d'années ; quel regard portez-vous sur votre parcours à ce jour ?

Guillaume :
Nous ne sommes en effet plus tout jeunes ! Je suis plutôt assez fier de ce que nous avons réussi à accomplir jusque-là. Quand nous avons commencé le groupe, nous n'avions pas d'autre ambition que d'essayer de faire de la bonne musique avec passion. Nous en sommes aujourd'hui à notre 8ème album studio, et nos motivations n'ont pas changé. Artistiquement, Klone reste un projet ouvert à tout, nous nous remettons en cause à chaque album et nous n'avons pas envie de faire du surplace.

Aldrick : Pour ma part, je ne suis pas le mieux placé pour parler de cela, car j'ai intégré Klone en 2012 juste avant les sessions studio pour The Dreamer's Hideaway. J'ai toujours adoré la musique du groupe qui mêlait savamment les éléments metal, rock progressif et parfois pop avec des touches jazzy. Cela leur conférait une esthétique assez singulière au début des années 2000. Je suivais de près l'évolution du groupe à travers leurs disques et leurs concerts. Ce n'est qu'après l'enregistrement de Step in Fluid que Florent m'a appelé, me demandant si j’étais intéressé pour reprendre la deuxième guitare suite au départ de Mika. Je n'ai pas mis beaucoup de temps à prendre une décision !
Depuis nous avons enregistré trois albums dont je suis très fier. A mon sens, le groupe est en progression constante depuis ses débuts. La discographie parle d'elle-même, tant en termes de composition que de production, voire d'exposition. La popularité grandissante du groupe depuis sa création est le fruit d'un travail acharné, passionné...

Comme beaucoup de formations metal, le style de Klone a évolué vers quelque chose de plus posé : est-ce dû au passage du temps, à des envies différentes ?

Guillaume :
Le passage du temps y est sans doute pour quelque chose ! Nous essayons de rester en accord avec ce que nous sommes. Les influences musicales que nous avons ne se limitent pas uniquement à la sphère metal. On peut très bien écouter de la musique classique, du jazz, de la pop, de l'électro. Au moment de composer, les choses se font naturellement ; quand une idée est bonne, on la garde sans trop se poser de question de style.

Aldrick : C'est un cheminement naturel pour nous. La direction n'est pas forcément très précise lors de la phase de composition. La fraîcheur et la nouveauté sont les seuls mots d'ordre pour aborder un futur disque.
Nous avons testé différentes choses en préproduction, et le son clair de la guitare réverbéré s'est imposé comme le meilleur choix pour servir les compositions de Here comes the Sun. La dynamique et les nuances que réclament les chansons de cet album n'auraient pas fonctionné avec un son plus metal. La voix de Yann a aussi perdu en saturation pour gagner en mélodie et en sensibilité. Cela peut paraître plus "posé", mais en réalité la difficulté à faire sonner nos morceaux est bien plus complexe et audacieuse que cela ne l'a jamais été auparavant.

Tool est l'un des groupes auxquels Klone a déjà été comparé (en même temps, comme c'est très souvent le cas). S'il y avait un rapprochement à faire, pour moi ce serait surtout du côté de votre exigence et de la qualité de vos compos et albums. De votre côté, vous retrouvez-vous en eux par certains aspects ?

Guillaume :
Il y a eu pas mal de comparaisons à Tool, surtout sur la période Black Days. J'ai l'impression qu'on s'en éloigne de plus en plus. En tout cas, nous n'avons jamais cherché à singer ce groupe. On ne peut pas nier non plus que cela fasse partie de nos influences, même si personnellement je t'avoue qu'aujourd'hui, c'est un groupe que je n'écoute plus beaucoup. J'ai eu une période où j'ai pas mal bloqué sur Ænima ou Lateralus par exemple. Après, je suis toujours curieux d'entendre leurs nouvelles compositions !

Aldrick : Tool a été une influence assez forte du groupe, au même titre que Radiohead ou King Crimson et un tas d'autres. Musicalement, sur Black Days on pouvait retrouver quelques astuces rythmiques qui pouvaient s'inspirer des géants de Tool, mais je crois que c'est l'esthétique globale du groupe que nous préférions. Leur son, leur imagerie nous parlaient.

Guillaume : Sinon je me retrouve en effet en eux sur le côté exigeant que l'on s'impose à faire les choses du mieux que nous le pouvons. Je pense que nous avons aussi la même vision de ce que doit être une musique progressive. Par exemple, on se sent bien plus proches d'eux que toute la scène prog à la Dream Theater, etc. Notre base est plus rock que metal, c'est certain !

Aldrick : Pour le côté exigence ou qualitatif, je pense qu'il y a plein de bons groupes aussi méticuleux et soignés que Tool. Seul l'investissement, le travail et le sérieux comptent : c'est universel !

A la sortie de Here comes the Sun, vous sembliez un peu hésitants à proposer un album acoustique. Qu'est-ce qui vous a finalement décidé à vous lancer ?

Aldrick :
A la sortie de l'album, nous ne nous projetions pas encore dans cette dimension acoustique car nous avions pas mal de concerts à donner pour la promo de celui-ci. Même si l'idée de réarranger quelques titres en acoustique a toujours été présente dans nos esprits, il n'y avait pas de projet d'album unplugged à ce moment-là.

Guillaume : Ce n'est pas que nous étions hésitants, mais il fallait trouver le bon moment pour mettre tout ça en place. Nous avions déjà réarrangé 3-4 titres après la sortie de The Dreamer's Hideaway, et nous étions très contents du résultat. Cela reste un exercice difficile, et j'ai l'impression que nous nous en sommes plutôt bien sortis !

Aldrick : Ce n'est qu'après la proposition d'ouverture pour Anneke van Giersbergen que nous avons mis en place une setlist en acoustique en très peu de temps ! Nous avons alors donné quelques concerts sous cette forme.

Guillaume : L'accueil du public était tellement bon que cela nous a motivés à en faire un disque, mais aussi à tourner pendant un an sous cette forme.

Comment s'est passé l'enregistrement comparé à vos productions précédentes ?

Guillaume :
Une grosse partie de l'enregistrement a été faite en live, très rapidement sur 3 jours, puis nous avons aussi bossé 3 titres en studio. D'habitude, nous enregistrons tout au clic et séparément. Nous étions un peu flippés au début car nous avions nos habitudes ; au final, nous sommes super contents d'avoir réussi à enregistrer tous ensemble en direct et d'assumer les prises telles qu'elles étaient.

Aldrick : Nous avons enregistré dans les règles de l'art, tous en direct, en "one shot". On faisait quelques prises de chaque morceau, et nous choisissions à chaque fois la meilleure.
Le processus d'enregistrement a été à l'inverse de ce que nous avons toujours eu l'habitude de faire. Pour les albums précédents, nous enregistrions la batterie dans un studio et après nous faisions nos guitares, basse et chant "à la maison". c'est une méthode commune aujourd'hui pour n'importe quel groupe qui veut la meilleure production possible à un coût le plus faible possible.



En ce qui concerne chacun de vous, comment avez-vous abordé cela ?

Guillaume :
Pour ma part, j'ai abordé les choses très simplement, un peu comme si nous faisions un concert mais sans public. J'ai l'impression que nous étions un peu plus stressés que d'habitude, et à la fois plus concentrés au moment des prises. Il fallait aller à l'essentiel, mais aussi se concentrer sur les nuances dans notre jeu. C'est là que se trouvait le gros des difficultés.

Aldrick : C'était la première fois que j'enregistrais de cette manière. Je dois avouer qu'au début de la session, mes mains tremblaient un peu au contact du manche. C'était stressant pour nous tous, d'autant plus que nous filmions en parallèle ; nous n'avions pas le droit à l’erreur. Cela a été l'une des expériences les plus intéressantes et intenses de ma carrière de musicien.

Vous avez déjà plusieurs reprises à votre actif depuis celle de Björk ; revisiter des standards est-il un exercice que vous appréciez particulièrement ?

Guillaume :
Oui, perso j'aime beaucoup ce genre de challenge. On apprend beaucoup de cette façon, et c'est très excitant de remettre le nez dans des compos qu'on apprécie déjà à la base en essayant d'y apporter sa touche personnelle.

Aldrick : Oui, on trouve que c’est toujours un exercice intéressant de revisiter des morceaux, qui plus est déjà forts dans leur version originale. Il y a toujours une part de risque (tout est relatif, bien entendu...), et le challenge est bien là. Le but est évidement de ne pas être hors sujet, et en même temps de ne pas proposer une pale copie de l’orignal. La frontière reste mince, et c’est ce qui est intéressant dans ce travail.

Puisque vous reprenez "People are People", que pensez-vous de la version par A Perfect Circle et de leur album EMOTIVe ?

Guillaume :
Je connais cet album, mais je n'avais pas fait particulièrement attention à ce titre ! Je l'ai redécouvert après notre enregistrement ; je le trouve sympa, mais ce n'est pas mon préféré sur le disque !
Je n'ai pas non plus fouiné plus que ça sur le net ; je n'avais pas envie d'être trop influencé par d'autres versions. J'avais juste les lignes de voix originales en tête, et aussi une reprise par Elise Caron qu'on avait vue sur Arte et qu'on trouvait tous très intéressante.

Aldrick : A vrai dire, je ne la connais pas non plus très bien, mais j'ai apprécié leur démarche de transfigurer ce morceau au texte si fort et toujours parlant aujourd'hui. Leur sens de l'esthétique fait de cette cover une belle réussite, au même titre que la reprise de Led Zeppelin par Tool ou encore leur magnifique contre-pied avec la reprise de "Imagine"...

Vous avez tous des goûts musicaux différents et variés, normal. Avez-vous tous deux des influences qui ont marqué votre jeu, voire dont vous avez eu ou avez toujours du mal à vous défaire ?

Guillaume :
J'écoute vraiment de tout, et je n'ai pas d'à priori sur des styles de zic, j'ai toujours fonctionner de cette façon. Au niveau de mon jeu de gratte, j'apprécie toujours énormement Dick Annegarn. J'aime son touché et la couleur de ses accords...
Dans le metal, je suis très fan du gratteux de Pantera, de ses prises de risque et de sa recherche sonore. Je pourrais aussi te citer Coroner, l'album Grin m'a beaucoup marqué et je me sens assez proche de sa façon de composer et de gérer certaines ambiances.
Je précise que je ne me considère pas comme un bon guitariste, je n'ai pas un haut niveau technique, je me sers surtout de l'instrument pour aller au bout de mes idées.

Aldrick : J'ai baigné très jeune dans le hard rock 70's et le heavy metal. Même si j'ai commencé la musique par la batterie, je dois avouer que j'ai toujours quelques réflexes de ce style. C'est inscrit dans mon patrimoine génétique de guitariste. Mes premiers héros à la guitare étaient Malmsteen, Vai ou Gilbert, puis au fur et à mesure j'ai découvert la fusion jazz rock, le jazz manouche puis bebop. Ça m'a ouvert à des influences nouvelles avec des gars comme Allan Holdsworth, Biréli Lagrène ou Angelo Debarre. D'avoir abordé ces styles contribue fortement à ce qu'est mon jeu actuellement.

En tant que guitaristes, que pensez-vous du jeu d'Adam Jones ?

Aldrick :
Ce qui m'a d'abord marqué chez lui, c'était sa précision rythmique. Il a une science du groove hallucinante. Et puis le son qu'il a avec sa Les Paul m'a fait craquer : un crunch burné ultra chaud et précis ! C'est un riffeur hors pair, en plus d'être un génie de la composition. Sans compter la réalisation des clips de Tool, et ses travaux pour quelques blockbusters. Je crois que "talentueux" est un adjectif qui le définit à merveille !

Guillaume : Moi par contre, ce n'est pas un guitariste qui m'influence, et je ne me fixe pas sur lui quand j'écoute Tool. Je vais donc avoir du mal à t'en parler en détails. J'aime surtout les ambiances chez eux, mais je suis moins marqué par les riffs. J'écoute plus leur musique dans son ensemble.

Enfin, vous n'avez pas l'air trop branchés vidéos. Est-ce un choix personnel ou un manque de moyens comparé à ce que vous souhaiteriez obtenir ?

Aldrick :
Il y plusieurs explications à cela. Quand on sort un disque, il y a tellement de phases à gérer que parfois on est obligés de faire des choix prioritaires. Nous avons très peu de vidéos par manque de temps, des fois de budget puis d'organisation.

Guillaume : Je pense tout simplement que nous n'avons pas encore rencontré la bonne personne avec qui travailler pour ça. Après, en effet cela nécessite beaucoup de moyens que nous n'avons pas encore ! Nous travaillerons certainement plus cet aspect des choses pour le prochain album électrique et le live.

Aldrick : Mais nous avons quand même déjà rectifé le tir, puisque nous avons capté certaines chansons pendant l'enregistrement au théâtre, plus un clip pour une autre chanson qui figure également sur le nouveau disque, "The silent Field of Slaves". Ces vidéos seront postées au cours de l'année.

L'album Unplugged est disponible Ă  la vente sur le site web de Klone :
klonosphere.com/klone/produit/digipack-klone-unplugged

             




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