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Bandcamp du groupe


En 2007 sortait Harmonic Tremors de Zozobra, projet à la pochette déjà granitique du défunt Caleb Scofield (Cave In). C’est récemment et plus proche de nous qu’un nouveau séisme s’est produit par le biais de Tremor Ama, dans un style flirtant cette fois davantage avec le stoner. Mais ce jeune quintet de Creil (dans l’Oise) ne veut pas se cantonner à ces seules vibrations, et cela se ressent à l'écoute de leur premier album Beneath. Je me suis entretenu avec les volcanologues Raphaël Guichard (chant) et Remi la Marne (guitare) pour tenter d'en savoir plus.

Avez-vous eu d'autres projets musicaux avant même votre EP en 2017 qui était déjà très réussi ?

Remi :
Oui ! Notre formation actuelle a eu des prémices plus rock 'n' roll.

Raphaël : On a commencé en 2013 avec Remitche et Keuhv, dans un genre beaucoup plus bluesy / desert rock, sous le nom de Titty Twisters. Avant ça, on a tous joué dans différents groupes locaux, ensemble ou individuellement. Ça allait du garage psyché (Losers in the Sun) au ska punk (Snorky's Killers, Les Culs Secs) voir même indie rock (Meaningless Intentions), shoegaze (Mexican Standoff), en passant par le rock progressif (The Mark Palmer's Project), le heavy et le thrash metal (Hellkin). La plupart de ces formations ont abouti à des concerts locaux et parisiens, voire jusqu'à un album pour certains. Mais ça nous a surtout permis de façonner notre apprentissage de la composition à plusieurs.

En dehors du stoner qui sonne comme une évidence, avez-vous d'autres influences ?

Remi :
Perso, j’ai des projets assez variés : je joue dans des formations de musique classique (piano/timbales), j’ai des projets de mashup avant-gardistes, de musiques traditionnelles ; aussi, j’aime beaucoup le métal extrême et des trucs électro à la Squarepusher. Ce serait très long de tout lister, donc autant dire tout, sauf du jazz !

Raphaël : Moi non plus, ça ne me parle pas trop. Ado, je suis passé par un longue période heavy, thrash et death metal des 80's (Metallica, Pantera, Kreator, Venom, Death…), puis je suis tombé dans le punk, le hardcore et la oi! vers 17 ans (Agnostic Front, The Casualties, Leftover Crack, Dropkick Murphys, Sham 69…). J'écoute aussi de la soul et du R&B comme Lee Fields & The Expressions, Charles Bradley (RIP), The Meters... et pas mal de reggae/rocksteady des 60’s-70's comme Desmond Dekker, Laurel Aitken, Symarip, Toots and The Maytals… J'écoute aussi beaucoup de rap, et j'ai même réussi à me familiariser avec l'autotune depuis quelques années. Questions d'approche et d'intention, comme pour le jazz je suppose…

Bien souvent, le stoner est de toute façon malheureusement devenu trop typé ou ennuyeux ; avec vous, tout coule du début à la fin. Comment avez-vous procédé pour vos compositions ?

Remi :
On cherche à explorer toutes les facettes des musiques fuzz qu’on aime bien, avoir des structures narratives plutôt que pré-établies. On fait beaucoup d’itérations et de changements quand on bosse sur nos tracks.

Raphaël : On n’a pas une grosse discographie pour le moment, mais on essaye d'éviter de tourner en rond. Je pense que c'est avec cette démarche qu'on pourra vraiment s'épanouir, explorer et consolider l'identité musicale de Tremor Ama.

Aviez-vous des références ou des envies musicales spécifiques pour Beneath ?

Remi :
Niveau compo, pas du tout. Niveau mixage, j’avais l’album éponyme de Kvelertak en tête.

Raphaël : L'objectif, c'était d'essayer de combiner émotions et énergie, d’apporter de la puissance au sein de riffs psychés ou éthérés, en jouant sur la dynamique. On aime voyager et se laisser surprendre par les propositions que chacun d'entre nous apporte.

A l'inverse, comment ne vouliez-vous pas sonner ?

Remi :
Comme un énième groupe de stoner ?



Le DIY c'est bien gentil, mais il faut avoir un minimum d'expérience. Quelle est la vôtre pour avoir obtenu un si bon résultat ?

Remi :
Dix ans de MAO en amateur, et beaucoup l’habitude de travailler avec Maxime [Lesage]. En vrai, c’est Max (le batteur du groupe) qui nous porte pour tout ce qui est technique : un grand bravo à lui. Et on a bien été conseillé/aidé par des proches (big up à Koinkoin, Laurent et Olsak !).

Raphaël : C’est vrai qu’on a acquis certaines compétences techniques avec le temps, et qu’on a la chance d’être bien entourés.

Vous êtes-vous retrouvés face à des contraintes ou des difficultés particulières avec ce mode de création ?

Remi :
C’est long à composer/produire ; il faut vraiment avoir la motivation pour faire ça !


Le nom du groupe est en rapport avec les éruptions volcaniques ; il est question également de grottes que ce soit dans le titre de l'album, la pochette ou le clip. J'en déduis donc que vous êtes plus montagne que mer. Sinon, qu'est-ce que cela évoque pour vous ?

Remi :
L’énergie tellurique, on aime bien la nature et le mysticisme qui peut en découler.

On sent que rien n'est laissé au hasard, jusqu'aux artworks et aux vidéos. Jusqu'où tout cela est-il pensé en amont par vous ?

Remi :
Ça part de l’un d’entre nous qui évoque une idée quand on boit des bières, jusqu’à ce qu’on se retrouve à quinze dans une grotte avec des caméras.

Raphaël : Tout prend du temps à se mettre en place. Entre l'idée d'un artwork ou d'un clip, son développement, les différents retours et le rendu final, il se passe souvent des mois. J'ai un petit côté perfectionniste et j'aime qu'on aille au bout des choses, quand c'est possible bien sûr ; donc il faut savoir être patient…

Est-ce que l'on doit la pochette de l'album aux mêmes artistes que pour l'EP ? Aviez-vous des idées précises pour le rendu, ou avaient-ils le champ libre ?

Raphaël :
Exactement, il s'agit à nouveau du travail de deux artistes : le tatoueur Monkey (du salon parisien Artoria) et la graphiste Marie Rouprich. On leur a rédigé une note d'intention, avec ce que nous souhaitions y retrouver (le puits de lumière, la silhouette et cette grotte fictive). Ils ont alors imaginé et mis en œuvre tout le reste (certains détails sont bien cachés). Ils ont utilisé la technique des dessins animés, avec des croquis qu'ils ont ensuite scannés en différentes couches du visuel. Cela a permis de renforcer le relief de l'artwork, puis d'être malléable en numérique après, pour la gestion des ombres comme pour le traitement des couleurs.

Elle renvoie sans doute aux thématiques de l'album, avec ses ombres et sa lumière (et une porte de sortie ?).

Raphaël :
Oui, c'est totalement une représentation du concept de ce Beneath. On pourrait dire que la grotte symbolise notre espace intérieur à tous, à la fois mystérieux, infini (d'où la métaphore des étoiles), rempli de zones d'ombres et de sentiments qui nous rongent. Le puits de lumière symbolise alors cette porte de sortie, la solution à tous nos maux. Lorsque nous sommes perdus, que tout s'écroule, et que nos anxiétés nous hantent (et je pense que ça n'a jamais été autant d'actualité), on cherche souvent une échappatoire extérieure, voire même un catalyseur, pour fuir nos propres démons. Chacun à sa propre manière de gérer tout ça, mais je pense que ça commence inlassablement par du travail personnel. Se comprendre et s'accepter comme on est, malgré ses propres parts d'obscurité, c'est quelque chose de primordial selon moi.



Vous vous êtes donnés les moyens pour votre premier clip qui est réussi lui aussi, avec le groupe filmé, l'histoire avec les deux potes, les plans aériens... Comment s'est déroulé sa réalisation ?

Raphaël :
Eh bien, je suis chef opérateur, et je produis principalement des clips justement. Je n'avais pas encore exploité cette carte jusqu'à présent, et je dois avouer que ça me démangeait pas mal… On a eu la chance d'avoir une merveilleuse équipe pour nous aider, dirigée par notre réalisateur Jules Gondry. On a travaillé ensemble sur l'écriture en amont, et le projet a mis des mois à se construire, des jours à se tourner, et des semaines à être monté.

Et comment vous êtes-vous retrouvés à vous filmer dans une brasserie ?

Remi :
Ça commence par aller voir un pote brasseur pour boire une bière, et au bout de quelques bières il y a des idées qui fusent.

Raphaël : Là aussi, ça a pris du temps à mettre en place. Au niveau de l'implantation des caméras, des lumières, des régies techniques, etc… On a préparé ce projet avec notre régisseur son, Valentin Derouané aka Koinkoin, qui a de super compétences techniques. L'idée était vraiment de donner une autre dimension à la brasserie d'Orville, qu'on affectionne particulièrement pour la qualité de leurs brassages, comme pour leur démarche à la fois locale et familiale.

Avez-vous l'impression de faire partie d'une scène locale ? Etes-vous proche d'autres groupes ou de structures particulières qui vous ont appuyés ?

Remi :
On a beaucoup travaillé avec la Grange à Musique de Creil, ou encore avec les assos Fuzzoraptors et Below The Sun qui organisent d'excellent plateaux en région parisienne !

Raphaël : Ça nous a permis de rencontrer de très bons groupes français de la scène heavy underground comme Decasia, Red Sun Atacama, Wormsand, Howard, Starmonger et bien d'autres. Même si cette scène a l'avantage de traverser facilement les frontières, je pense qu'il y a quand même un bon potentiel en France.

Vous avez créé votre propre structure ; vous n'êtes pas rattaché à un label pour une question de contrôle artistique, vous n'en éprouvez tout simplement pas le besoin, ou cela pourrait-il changer rien que mieux vous faire connaître ?

Remi :
Le DIY c’est cool, par contre un label de distribution ça serait pas mal.

Raphaël : Oui, on a tout produit via Salade Tomate Orion jusqu'à présent, et des distros ne serait que bénéfiques pour encore mieux diffuser cet album.

Avez-vous beaucoup tourné auparavant ? J'imagine que cela vous démange à présent qu'il y a une éclaircie à l'horizon ?

Remi :
On n’a pas tourné tant que ça ; bien entendu, ça démange pas mal comme tu dis.

Raphaël : C'est clair qu'on aimerait bien pouvoir aller partager tout ça avec le plus grand nombre.

Dernière question : comme vous appréciez les grottes et les forêts, vous verriez-vous jouer lors de concerts à la "generator parties" liées au genre ?

Remi :
J’ai déjà un groupe électrogène pour le jour où on va tenter d’en faire une.

Raphaël : Et quoi de plus excitant que de jouer dans notre élément ?

Merci au groupe et à Clément Duboscq.




             




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