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Bokor est composé de musiciens forts d'une longue expérience et qui, après divers projets restés anonymes, connaitront espérons-le enfin un succès mérité. Ce n'est certainement pas innocent si Tool est si souvent utilisé comme référence dans les critiques de leur premier album. J'avais donc évidemment envie d'en savoir un peu plus sur ce groupe, et le chanteur Lars Carlberg a volontiers accepté de répondre à quelques questions.

Pour commencer, je te laisse présenter Bokor.
Et bien, nous sommes de Norrköping, en Suède. Notre premier album Anomia 1 est sorti en janvier 2007 chez Scarlet Records, et les choses se passent plutôt bien pour nous. Nous avons trouvé l'inspiration chez des groupes comme Tool, System of a Down, Porcupine Tree, Rush, Pink Floyd, Soundgarden et d'autres, mais il a toujours été dit qu'il était assez difficile de définir notre son ou de nous classer. Un autre album est en train de se faire, et sortira cette année…

Tu as toi-même chanté dans quelques groupes pop, parmi d'autres projets ; comment toi et les autres membres de Bokor avez rejoint le groupe ?
Pour ma part, j'ai grandi en écoutant du rock, du hard rock, du métal et toutes sortes de pop… Les premiers groupes dont j'ai fait partie étaient tous très axés métal, dans la veine de Rainbow et Dio, puis au début des années 90 il s'agissait plus de projets thrash et métal industriel. Thomas [guitariste] et moi étions par exemple dans un groupe métal qui a sorti une démo autour de 1993… Mais je me suis alors intéressé à d'autres styles de musique, écoutant Mike Oldfield, Tori Amos, Queen et beaucoup d'autres. J'ai également pas mal travaillé mon chant, en m'exerçant aux comédies musicales (même si je n'ai jamais joué dans l'une d'elles) et en étant professeur de chant. A la base, tous les membres de Bokor sont des amis et de grands musiciens en même temps, et malgré quelques changements au sein du groupe, les affinités constantes ont préservé un environment créatif.

Vous semblez tous apprécier de nombreux styles musicaux, du rock 70's au black metal, mais c'est le prog-rock et le stoner qui viennent en premier à l'esprit en écoutant Bokor. Cela est-il venu tout seul, ou a-t-il fallu du temps pour trouver le "son Bokor" ?
Au moment où Bokor a commencé, Thomas était en effet à fond dans le stoner avec plusieurs groupes dans ce style. Mais je pense qu'il a fini par se sentir un peu à l'étroit, il avait besoin de sortir de ça pour mieux exprimer sa créativité. Bokor était déjà formé quand je les ai rejoints, donc tout ce que j'ai eu à faire a été de ressentir les vibrations qui se dégageaient des chansons et de faire ma part, ce qui je pense est valable pour nous tous. Chacun d'entre nous a eu des périodes voire de grands moments dédiés au progressif, donc cela nous a paru très naturel d'étendre un peu les structures des titres.

Les chansons sont issues de parties de guitare proposées par Thomas ; est-ce un long processus avant que vous soyez tous satisfaits du résultat final ?
La composition pour Bokor prend du temps, il n'y a aucun doute là-dessus. Nous aimons revenir encore et encore sur des parties, reprendre des éléments et les affiner.


Au sujet des paroles, cela n'a-t-il pas été difficile de mêler tes goûts pour la littérature - classique mais aussi pour des auteurs comme Neil Gaiman - avec ceux de Thomas, qui ont ici un rapport prononcé avec le vaudou ? [comme c'est le cas aussi pour le nom du groupe]
Hmm… non. Je pense qu'il y a dans ce groupe une sorte de compétitivité créatrice, très saine puisqu'il y a une bonne ambiance. D'une certaine manière, depuis le tout début il était clair que nous rejoignions ce groupe avec l'idée de dépasser nos propres limites… mais aussi de nous impressioner les uns les autres avec tout ce que nous avions à proposer et à apporter. Nous ne voulons pas faire de la musique compliquée juste histoire de dire qu'elle l'est… Personnellement, je déteste écouter de la musique complexe seulement parce que des musiciens veulent épater la galerie. C'est une chose de jouer de la musique compliquée, mais c'est plus difficile de faire en sorte que cela rende bien… On peut dire la même chose des paroles, je pense.

D'où te vient ton intérêt pour la Première Guerre Mondiale, présente dans le texte de "Migrating" ? Es-tu un passionné d'Histoire ?
Absolument, l'Histoire est entre autres pour moi un grand centre d'intérêt, comme pour d'autres aussi dans le groupe. La Première Guerre Mondiale a toujours représenté quelque chose de spécial pour moi… il s'agit d'armées qui ont combattu dans les dernières batailles "médiévales", avec les notions d'honneur, de fierté et toutes ces vieilles considérations, et se sont soudain retrouvées embourbées dans une longue guerre industrielle et très technologique. On parle très souvent de la Seconde Guerre Mondiale, mais il y a une tendance à oublier à quel point celle qui l'a précédée a eu de l'importance dans tout le développement du siècle dernier, et a ouvert la voie à tout ce qui a suivi.

Quelles sont tes autres sources d'inspiration ?
En ce qui me concerne c'est la psychologie, en particulier neurologique et socio-cognitive. Je sais qu'il y a énormément de personnes qui sont fascinées par la parapsychologie, les fantômes, les esprits, des choses comme ça. Je pense aussi que c'est vraiment cool, mais selon moi le plus grand des mystères et l'ultime question est comment sur Terre l'activité électrochimique dans les cellules neurales peuvent aboutir à la conscience, à l'intelligence, au comportement social, aux émotions et aux sentiments. Le cerveau est quelque chose de si merveilleux ; de tout ce que nous connaissons à présent, c'est ce qu'il y a de plus complexe dans l'univers. Comment fonctionne-t-il, comment a-t-il évolué ? Comment sommes-nous partis des connections neurales pour aboutir à la culture humaine si complexe ?

J'ai lu dans une interview que le groupe était fatigué du business musical. Je suppose que vos expériences vous ont appris les choses à faire ou à éviter ? Penses-tu qu'Internet peut faire la différence sur la façon dont les groupes peuvent être connus ?
Oui… Internet est une très bonne chose pour faire émerger de la musique. Mais à un certain niveau il y a toujours la nécessité d'utiliser d'autres médias comme les magazines, la télévision, les maisons de disques, les agences artistiques... toutes les personnes qui se vouent à la musique et sont suffisamment intéressés pour faire la promotion de ce qu'ils apprécient. Les groupes qui font dans l'auto-promo ont à mon avis toujours un petit côté aigri, tout du moins actuellement. Ce qui est bien avec le public metal, c'est qu'ils soutiennent les musiciens en achetant les albums, peut-être parce qu'ils ont conscience de tout ce que cela nécessite pour obtenir un bon album. Ce qui est quand même un peu effrayant, c'est que vous voulez que quelqu'un à l'autre bout du monde casque pour un bout de plastique avec votre musique dessus. Cependant, nous ne vendons pas assez d'albums pour couvrir pleinement notre consommation en drogues, alors si vous voulez nous faire plaisir, merci d'acheter Anomia 1 et le prochain album. A quoi ça sert d'être une rock star si vous n'avez pas les moyens de vivre comme une rock star ?

A quoi pouvons-nous nous attendre pour la suite ? Resterez-vous dans la continuité d'Anomia 1, ou irez-vous plus loin, peut-être dans une direction différente ?
Je pense que les prochaines compositions iront plus loin en tout. Nous avons eu des mois bien remplis à améliorer nos chansons et à en répéter de nouvelles. Il n'y a pas de grand changement en ce qui concerne le style de notre musique, il s'agit plus de développement et de peaufinage. Ceci dit, je trouve que nos nouveaux morceaux sont épatants, et je suis vraiment fier d'être dans ce groupe.

Que souhaites-tu après de tels "débuts" ? Une tournée est-elle prévue en Europe ?
Nous l'espérons tant ! Nous voulons faire de nombreux concerts à l'avenir, surtout après le prochain album. Mais nous ne voulons rien précipiter…

Merci pour cette interview. Je te laisse le mot de la fin :
Merci à vous. C'est toujours super d'avoir la chance de pouvoir parler de ce que nous faisons. Et nous espérons aussi que notre second album sortira bientôt, alors ne nous perdez pas de vue !


publié à l'origine dans le webzine Eclipshead



         


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