Après avoir passé plusieurs mois dans un hôpital psychiatrique, Jessica quitte New York pour être emmenée par son mari dans la campagne de la Nouvelle-Angleterre où celui-ci a racheté une ferme. A leur arrivée, ils tombent avec leur ami Woody sur Emily, une charmante mais mystérieuse vagabonde à qui ils proposent de rester un peu avec eux.
Ce film est souvent comparé à Messiah of Evil. Certes, il s'agit encore d'une première oeuvre produite pour une somme dérisoire au début des années 70, et qui est devenue culte à défaut d'être populaire ; mais s'il y a quelques similarités entre les deux, ils restent malgré tout très différents. C'est aussi soit-disant l'un des films d'horreur préférés de Stephen King (c'était aussi le cas de Rod Serling) ; mais bon, comme il a tendance comme Tarantino à adouber un peu tout...
Partant d'un script de comédie d'horreur dans lequel des hippies avaient affaire à un monstre dans un lac, le réalisateur - qui vient du théâtre - est engagé par la Paramount et reprend l'histoire pour lui donner une tournure beaucoup plus sérieuse. Il s'inspire pour cela d'Henry James, du film La Maison du Diable, ou encore et surtout de l'un des premiers écrits sur le vampirisme (avant même Dracula) : Carmilla de Sheridan Le Fanu. Le film est également parsemé d'images symboliques et de dialogues qui peuvent être interprétés de différentes façons. Ici pas de jump scare ni de gore, mais une atmosphère subtile de gothique américain propice à vous emporter (ou pas).
Comme l'indique le véhicule qui amène le couple à son nouveau domicile (un corbillard avec le mot "love" écrit sur une portière), ou encore ces cimetières où sont plantés des drapeaux américains, les USA traversent alors un état de basculement en passant d'une période hippie à une ère nouvelle qui va s'avérer beaucoup plus violente. L'utopie a fait place au cauchemar. Et si la petite ville où ils atterrissent est tranquille en apparence, elle l'est cependant un peu trop avec comme seuls habitants des hommes âgés qui sont d'emblée hostiles aux nouveaux venus.
Mais il y a aussi cette traversée en bac, comme un passage dans le monde des morts, et même l'étui d'une contrebasse qui fait penser à un cercueil. Comme l'annonce la voix off de Jessica dès le début du film, nous se saurons jamais vraiment si tout ce à quoi nous allons assister est en fin de compte un rêve ou la réalité, le fruit de phénomènes paranormaux ou de délires. Pour appuyer cela, lorsqu'on n'entend pas le vent souffler constamment, la mélancolie ambiante est renforcée par une musique d'Orville Stoeber (et en plus des instruments classiques qu'il utilise, il a été aidé par Walter Sear, faisant du film l'un des premiers pour lequel un synthétiseur a été utilisé).
Cependant le mérite du film revient également pour beaucoup à son actrice principale Zohra Lampert, pourtant seulement connue pour ses apparitions au cinéma ou dans de vieilles séries TV, et qui est ici épatante dans son seul vrai premier rôle sur grand écran. Celle-ci est vraiment touchante au vu de sa situation ; car si elle tente de rester souriante en toutes circonstances, c'est qu'elle ne veut rien laisser paraître de peur d'être jugée (et sans doute enfermée à nouveau). On n'en sait pas beaucoup sur sa douleur contenue ni quelle en est la cause, même si est évoquée la disparition de son père dont elle a ensuite eu des visions ; et quand Emily propose de faire une séance de spiritisme, elle ne se fait pas prier pour convoquer de tout coeur les anciens occupants du lieu où ils se trouvent.
Si au final nous ne savons pas trop dans quel territoire nous nous trouvons, s'il est question de fantômes, de maison hantée ou de vampires, c'est parce qu'il y a un peu de tout ça dans le film. Et le spectateur de douter des voix comme des apparitions dont il est témoin comme Jessica, sans vraiment savoir si c'est dans sa tête ou pas. Est-ce que cela exprime la peur qu'elle a de perdre son mari, lui qui ne la considère plus de la même façon ? De plus, il se peut qu'elle se sente coupable vis-à-vis de lui puisqu'il a dû quitter sa carrière de musicien pour elle. Mais peut-être est-ce aussi la manifestation inconsciente de vouloir le perdre, de se venger de lui ? En effet, c'est lui qui l'a éloignée de tout après qu'elle ait été enfermée, avec la menace constante qui pèse sur elle que cela recommence.
L'espoir, le désir de vivre un renouveau n'aura été que de courte durée, laissant malheureusement place à la mort qui finit par reprendre ses droits.