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Possessor de Brandon Cronenberg

2020 - 1h43



On dit communément que le fruit ne tombe jamais loin de l'arbre pour décrire un lien de filiation apparent. Dans le cas Cronenberg - David et Brandon -, il pourrait carrément s'agir de "body swap" tant l'on retrouve des similitudes à plusieurs décennies d'intervalle : le corps, la science, avec du gore et du sexe... tout est checké dans Possessor, qui n'a pas à pâlir en comparaison de la filmographie du Dr. Decker.

Une agence clandestine y offre ses services de tueurs à gage à quelques fortunés (et l'on peut imaginer qu'ils en profitent au passage pour développer leur emprise sur tout ce beau monde), mais le mode opératoire sort de l'ordinaire, en prenant possession d'un proche au sens "propre". Pas d'explications scientifiques tarabiscotées, nous découvrons au fur et à mesure le système en place ; pour simplifier : on se branche, on transfère et hop, on prend le contrôle. La techno n'est de toute façon ici qu'un prétexte pour parler de corps et d'esprit(s).

Comme sous l'action d'une manipulation mentale, des personnes d'ordinaire tranquilles, en apparence bien sous tous rapports, sortent ainsi de leur réserve et agissent subitement comme sur un coup de folie. Mais on se rend vite compte que la schizophérine est double, pour le corps qui devient une marionnette et agit de façon inhabituelle pour son entourage, mais aussi pour l'esprit qui change de corps et pense de cette manière pouvoir agir impunément.

Tout cela pourrait en effet se limiter à une mission exécutée froidement comme un hacker exécutant sa sale besogne pour l'appât du gain, sans se soucier des conséquences. Mais une fois la première mission accomplie à laquelle nous assistons, il y a comme un bug au moment du retour par suppression de l'hôte, comme si la personne possédée luttait pour empêcher ce geste fatal. Ou bien est-ce l'esprit possédant qui se refuse à quitter ce corps pour rejoindre le sien ?


Plus troublant encore, au lieu d'utiliser l'arme à feu qui lui est assignée, Tasya Vos (Andrea Riseborough) préfère improviser et choisir un objet contondant qui lui tombe sous la main. Il ne lui suffit plus de nier les corps, il faut que ça saigne et même que ça gicle. Ainsi, elle ne se contente pas non plus de découvrir son pénis : elle s'en sert. Libérée de son corps, elle jouit dans tous les sens du terme de cette désincarnation. Tout est possible à travers ce changement d'identité... ou du moins le pense-t-elle.

A force de jouer à faire semblant pour atteindre son but, les sentiments et l'empathie ont disparu. La séquence de resynchronisation avec le sujet possédé est effrayante, rires et pleurs se succédant de façon forcée. Même avant de rejoindre son mari et son fils, la tueuse est obligée de répéter comme pour un rôle de plus. Elle n'est plus tout à fait elle-même, possédée à son tour par son expérience qui l'a changée définitivement. C'est qu'il reste toujours quelqu'un derrière le miroir, et il s'agit d'une personne différente.

Des mises en abyme, le film en contient plusieurs. Celle qui manipule est elle-même une marionnette dans les mains de Girder (Jennifer Jason Leigh), et qui se rebelle à sa façon. Il y a aussi ces plans gore sur lesquels le réalisateur insiste tout particulièrement, avec force détails qu'aurait sans doute appréciés Fulci. Nous pouvons toujours détourner le regard, mais quelque part il est déjà trop tard : le mal s'est immiscé en nous.

Christophe Muller




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