Une jeune femme vient rendre visite à son père, installé au bord du Pacifique et dont elle n'a plus de nouvelles. Elle se rapproche d'un dandy accompagné de deux amies, attiré par le mystère qui entoure Point Dune, ville peuplée de curieux personnages que la lune finit par rendre fou les uns après les autres...
Dans les années 70, un couple de scénaristes proches de George Lucas (on leur devra surtout le scénario d'American Graffiti, ainsi qu'après celui d'Indiana Jones et le Temple maudit) se voit confier la réalisation d'un film à la condition expresse que ce soit de l'horreur. Willard Huyck et Gloria Katz relèvent le défi, et cela donnera un petit film bricolé avec peu de moyens (moins d'un million) mais dont ils seront parvenus malgré cela à tirer le maximum. Tourné en 2 mois en 1971, ils engagent pour cela des proches côté technique, quelques acteurs pas trop onéreux, ainsi que des chômeurs pour les figurants. le résultat met quelques temps à sortir à destination des drive-in, puis il sera ressuscité au début des années 2000 en format physique (bénéficiant au passage d'une restauration). C'est que s'il a d'abord connu son petit succès d'estime, Messiah of Evil a fini entretemps par atteindre le statut de film culte.
Il faut dire que le résultat détonne par rapport aux productions du genre de l'époque, parmi tous les cauchemars américains proposés par le nouveau cinéma américain d'alors, avec son côté arty inspiré du cinéma européen, italien (les couleurs de Mario Bava, comme le fera Dario Argento en abordant sa période fantastique) comme français (les voix off). Et surtout il y a une ambiance proche de Lovecraft, sans être directement liée au mythe : une petite ville côtière, des habitants possédés qui fixent la mer, un artiste qui perd le sens de la réalité... sans oublier que le récit débute dans un hôpital psychiatique où le personnage principal (une femme, première entorse à HPL) a été enfermée suite aux événements qu'elle a vécus et qui vont nous être ensuite révélés.
Le rythme du film est assez lent, mais c'est un plaisir pour les yeux tout du long et il est ponctué de moments marquants. Le film n'ayant pas pu être réellement terminé comme prévu, l'histoire n'est pas très claire, mais cela ne fait au final que renforcer le côté mystérieux de l'ensemble. De plus, il y a de bonnes idées, comme les fresques qui recouvrent les murs de la maison du paternel, semblant scruter sans cesse les visiteurs. Le danger peut surgir à tout moment des rues désertées, mais impossible donc de trouver refuge dans cette demeure, pas plus qu'un supermarché (avant Dawn of the Dead) ou une salle de cinéma, se refermant comme des pièges sur les personnages.
Les réalisateurs ne reviendront pas au genre (Huyck fera 2-3 comédies, dont Howard the Duck !), et si les références aux classiques sont là, qu'il s'agisse de Carnival of Souls ou de La Nuit des Morts Vivants, leur film aura eu lui aussi son petit impact - conscient ou pas - auprès d'autres réalisateurs. Comment ainsi ne pas penser par exemple à John Carpenter, surtout pour L'Antre de la Folie ?
PS : Pré-générique, un homme fuit avant de périr de la main d'une jeune fille. Il s'agit de Walter Hill (aucun lien avec l'actrice principale Marianna Hill), qui pour la promotion d'Alien quelques années plus tard se souviendra d'ailleurs de la phrase : "No one will hear you scream."