Pas de bol, j'ai découvert Planes Mistaken For Stars lorsqu'ils étaient sur le point de se séparer après 10 ans pendant lesquelles ce quatuor américain originaire de l’Illinois a
offert une poignée d'albums et a écumé les salles à travers les Etats-Unis et quelques-unes dans d'autres pays, accompagnant des groupes plus connus tels que Converge.
Comme raison, il a été annoncé des obligations familiales, financières, etc., mais cela ressemblait plus à une sorte de capitulation, que l'on peut aussi appeler gâchis faute de promotion
correcte. Encore quelques dates au pays d'Uncle fucking Sam, et leur tournée d'adieu s'est terminée en février 2008 à Denver (leur base depuis 2000), les dates européennes ayant été
malheureusement annulées... ce qui est d'autant plus dommage qu'ils ont toujours bénéficié d'une très bonne réputation scénique, ce qui nous aurait aussi permis de ce côté-ci de
l'Atlantique de leur dire au revoir en bonne et due forme.
L'occasion a également été choisie pour sortir une compilation regroupant tout ce qu'ils avaient sorti durant leurs quatre premières années d'existence, intitulée We ride
to fight (mots tirés d'une de leurs premières compositions). Mais ce n'est définitivement pas la meilleure façon de les découvrir pour ceux qui seraient tentés, car les
compositions n'étaient pas encore assez personnelles, le style vraiment propre au groupe n'ayant alors pas encore été trouvé. Après un premier album en 2001, Fuck with Fire
(sous-titré "Get burned"), la violence canalisée donnera ainsi deux grands albums : Up in them Guts (2004), puis ce chant du cygne qu'est Mercy en 2006, produit par Matt
Bayles qui a travaillé avec Botch, Isis ou encore Mastodon.
La voix de Gared O'Donnell est éraillée, caractéristique qui s'est accentuée avec le temps, comme à force de passer trop de temps dans des bas-fonds à enchaîner cigarettes et
alcool (avec une prédisposition au whisky). Mr. Self-destruct ? La musique s'est en tout cas assombrie pour aller à l'unisson avec une volonté d'exprimer une véritable catharsis.
Auto-critique, sentiment de perte, colère... L'ambiance n'est certes pas à la gaieté, mais est loin de se vêtir d'apparats misérabilistes : il n'est pas question de s'apitoyer pour
faire dans le fashion. En lieu et place de mèches rebelles, il serait plutôt question de cheveux gras sur lesquels finirait par s'abattre un tabouret de troquet.
Ecorchés ou dépravés, pour le chanteur et ses camarades, c'était avant tout une nécessité : "C'est comme quand tu te forces à vomir, parce que sinon tu sais que tu ne vas pas te
sentir bien de toute la journée." dixit Gared... Une approche particulière qui ne leur accordera pas une reconnaissance suffisante, pourtant amplement méritée : certainement pas
assez violent pour certains, et trop sombres pour d'autres. Il reste éventuellement à attendre des nouvelles, que j'espère bonnes, de ce qui émergera de ces cendres ; l'album Year
One de Hawks and Doves est un bon début.
Christophe Muller
Note : Le groupe s'est depuis reformé en 2010 et a sorti l'album Prey chez Deathwish en 2016 ; en 2020, Gared O'Donnell a malheureusement annoncé qu'il était atteint d'un
cancer de l’oesophage inopérable, et il est décédé l'année suivante.