Pour qui ne connaîtrait pas encore ce film, il ne faut pas se laisser rebuter par son pitch de départ particulier - on parle tout de même à la base d'un jeune texan qui se rend à New York pour y devenir gigolo, pensant naïvement mener ainsi la grande vie - ni par son mélange des genres : comédie, drame, satire, étude de mœurs, social... Cela reste au final l'histoire touchante et universelle de deux hommes qui, malgré leur condition misérable, se serrent les coudes dans l'espoir de jours meilleurs.
Car le cowboy d'opérette du titre, Joe Buck (Jon Voight, qui a percé au cinéma avec ce film), n'est en fin de compte qu'un simple nigaud qui déchante vite en finissant par se lier d'amitié avec un autre paumé, Rico "Ratso" Rizzo, et erre avec lui dans les méandres de la grosse pomme. L'occasion pour Dustin Hoffman d'offrir avec ce second rôle - qui n'en a ici que le nom - l'une de ses plus grandes performances d'acteur (improvisant au gré des prises, ou mettant des cailloux dans une chaussure pour boîter...), alors qu'on a pourtant tenté de le dissuader de jouer un "manager" éclopé et tubard pour ne pas se compromettre, lui qui était alors tout juste auréolé du succès du Lauréat de Mike Nichols.
Dès 1969, la même année qu'Easy Rider, le film égratigne ainsi lui aussi le rêve américain dans les grandes largeurs ; et avant Taxi Driver - et tous les autres - on y découvre le Times Square de l'époque, cette cour des miracles dont le bitume est arpenté par les prostitués et les drogués. Mais il serait simpliste de ne réserver qu'à la grande ville ce traitement accablant de lieu propice à la déshumanisation ; il n'y a qu'à voir les flashbacks qui renvoient à l'enfance de Joe, ou bien le sort réservé à la pauvre Annie traitée de "folle" (et interprétée par la propre fille de Waldo Salt, scénariste du film...). Il y a aussi la Floride, cet autre ailleurs fantasmé mais cette fois par Rico. Tout cela contribue à donner l'image d'un pays schizophrène, partagé entre le consumérisme et la pauvreté, avec ses culs soit-disant bénis mais également des penchants dissimulés derrière l'hypocrisie.
C'est donc la captation d'une époque contrastée à laquelle nous assistons, lors du passage de la fin des années 60 à une nouvelle décennie, et qui est aussi représentée par la bande d'Andy Warhol qui interrogeait elle aussi les symboles de l’Amérique. Son entourage de la Factory (lui-même n'est pas à l'image pour cause de tentative d'assassinat une semaine avant le tournage) ne joue pas d'ailleurs, mais s'adonne réellement à ses activités déconnectées lors d'une séquence de fête assez longue. Mais alors que l'occasion est donnée à Joe de rejoindre le sérail, lui choisit de ne pas devenir une "superstar" en s'adonnant à une vie superficielle, factice. Plutôt que de tourner le dos à son ami, au contraire il l'accompagne pour réaliser sa dernière volonté, et il revient par la même occasion à la réalité même si elle n'est pas glamour.
D'abord classé X - fait rare pour une production de studio - à cause de son contenu homosexuel comme "possible mauvaise influence sur les jeunes", le film a malgré tout - voire grâce à cela - été un succès, gagnant 3 oscars (c'est la seule fois où c'est arrivé avec ce classement) et est passé à la postérité, même si on connait davantage Marathon Man, une autre réussite réunissant à nouveau John Schlesinger et Dustin Hoffman quelques années plus tard. Car Macadam Cowboy, c'est bien plus que la chanson interprétée par Harry Nillson ("Everybody's talking", qui est d'ailleurs une reprise déjà sortie avant) dont il existe maintes versions, ou la magnifique musique de John Barry (dont le thème principal a même été repris par Faith No More en 1992 sur Angel Dust) ; c'est entre autres et avant tout une belle histoire d'amitié, voire d'amour.