Comme leurs amis ukrainiens de White Ward (représentés ici), les Nantais se sont améliorés pendant les quelques années qui ont séparé leur premier album début 2018 du second (ou plutôt deuxième, car
espérons qu'il y en aura bien d'autres), et cela se ressent immédiatement à l'écoute.
Mais j'avoue que c'est la pochette - très colorée, et dans un style bande dessinée la démarquant du reste de la production - qui m'a dans un premier temps attiré. Et si les hommes en soutane et les
armures dessus pourraient nous faire croire à une énième plongée dans de l'heroic fantasy, on comprend en prêtant davantage attention au décor et aux détails que la procession s'approche plutôt de
combinaisons de combat ou de robots géants. Car oui, il s'agit bien d'un concept-album qui nous offre à écouter du post-black metal à tendance prog !
Les planètes lointaines, avec les races extraterrestres et les vaisseaux qui vont avec, c'est justement chose courante dans le rock progressif, avec des visuels dont Roger Dean est l'un des plus
célèbres illustrateurs (surtout pour Yes et Asia). Récemment, Chevelle aussi est revenu avec un Niratias intersidéral de très bonne facture, et avant il y avait déjà eu par exemple The Sword
pour le heavy metal. Se référant de groupes connus comme Mastodon ou d'autres qui le sont moins (par exemple le black metal spatial de Mare Cognitum), les membres d'Ætheria Conscientia ont cherché
pour leur part à expérimenter en intrégant dans le black metal des instruments assez peu entendus dans ce style.
Et ici ce qui ressort est surtout l'utilisation du saxophone, comme White Ward d'ailleurs mais au service d'univers différents. L'atmosphère urbaine d'un côté laisse ainsi place à une ville-planète
dans une galaxie lointaine. Tales from Hydhradh posait les fondations de ce monde imaginaire (ou pas, allez savoir), également centre spirituel donnant lieu à des affrontements entre
différents dogmes religieux. Pour illustrer musicalement cette histoire d'ancienne caste de gardiens - les Kholoss - asservie par des fanatiques, ce sont de longues pistes (que l'on peut aussi voir
comme des chapitres) qui s'offrent à nous.
Cependant, que l'on ait pris connaissance ou non de ce récit, la musique se suffit à elle seule pour nous emporter dans une autre dimension, avec des passages dans un découpage bien amené - comme des
paragraphes ou des plans-séquences -, et elle alterne les sensations avec des passages tour à tour calmes (espace infini...), le plus souvent épiques avec même des cadences martiales, et à d'autres
moments plus jazzy... voire ritualistes ! Si pour raison de santé, le batteur a dû passer à la programmation de ses parties (bien que tout avait déjà été composé), il en a ainsi profité pour ajouter
beaucoup de percussions à plusieurs couches de batterie différentes, ce qui n'en a que renforcé d'autant plus les atmosphères.
Tel un personnage de Lovecraft, j'ai donc quitté mon corps pour voyager et partir à la découverte d'une autre civilisation que la mienne, émerveillé... et un peu effrayé à la fois. Lorsque je l'ai
regagné, rien n'était plus vraiment pareil. Mais depuis, je ne peux m'empêcher d'y retourner, comme attiré par une force qui me dépasse.
Christophe Muller (05/2021)
Tracklist :
1. Asporhos’ altering Odyssey
2. The corrupted Sacrament
3. Liturgy for the Ekzunreh
4. Absurd Crusade Part I: Elevation in Arrogance
5. Absurd Crusade Part II: Collapse in Penance